« Combien facturer une pose complète ? » C’est souvent la première question qu’on se pose en s’installant, et la réponse la plus fréquente consiste à regarder les prix des concurrents. C’est utile pour se situer, mais dangereux comme unique repère : vos charges, votre temps de pose et vos objectifs ne sont pas ceux du salon d’en face. Voici une méthode en quatre calculs pour fixer des prix qui tiennent la route.
1. Calculer votre coût horaire
Votre temps est la matière première principale de votre activité. Le coût horaire répond à une question simple : combien doit rapporter chaque heure passée avec une cliente pour que votre entreprise tienne ?
Coût horaire = (charges fixes mensuelles + rémunération visée) ÷ heures réellement facturées par mois
- Charges fixes : loyer, assurance, logiciel de réservation, téléphone, énergie, comptabilité, amortissement du matériel, cotisations fixes…
- Rémunération visée : ce que vous souhaitez vous verser, en tenant compte des cotisations sociales qui s’y appliqueront selon votre statut.
- Heures facturées : c’est le piège classique. Une semaine de 40 heures au salon ne donne jamais 40 heures de prestations : il faut retirer la gestion, le ménage, la communication, les commandes, les annulations et les creux de planning.
2. Mesurer le temps réel de chaque prestation
Chronométrez vos prestations pendant deux ou trois semaines, de l’accueil de la cliente au nettoyage du poste. Vous découvrirez souvent qu’une « pose d’une heure trente » en prend en réalité près de deux. Ce temps réel, et non le temps idéal, doit servir de base à vos calculs.
3. Ajouter le coût des consommables
Gel, base, top coat, capsules, limes à usage unique, gants, lingettes, produits de désinfection : estimez ce que chaque prestation consomme. La méthode la plus fiable consiste à diviser le prix d’un flacon ou d’une boîte par le nombre de prestations réalisées avec. Pour les petites fournitures, un forfait par prestation suffit.
4. En déduire votre prix plancher, puis votre prix de vente
Prix plancher = (temps réel × coût horaire) + consommables
En dessous de ce prix, chaque prestation vous fait perdre de l’argent. Votre prix de vente se situe au-dessus, en fonction de votre positionnement, de votre clientèle et de la valeur que vous apportez : expertise, techniques rares, cadre, conseils.
Exemple fictif, pour illustrer la méthode. Une prothésiste estime ses charges fixes à 1 400 € par mois et vise 2 200 € de rémunération avant impôt. Elle facture en réalité 90 heures par mois. Son coût horaire est donc de 3 600 ÷ 90 = 40 €. Une pose complète en gel lui prend 1 h 45 et consomme environ 4 € de produits : son prix plancher est de 1,75 × 40 + 4 = 74 €. Si elle est assujettie à la TVA, elle doit l’ajouter à ce montant. Ces chiffres ne sont pas des références de marché : refaites le calcul avec les vôtres.
Les erreurs les plus fréquentes
- Oublier les heures non facturées : c’est ce qui fait croire qu’on gagne bien sa vie alors qu’on travaille à perte.
- Offrir le nail art ou la dépose : ce qui prend du temps doit apparaître dans le prix, sous forme de supplément clair.
- Brader le remplissage : il demande souvent presque autant de temps qu’une pose, surtout si la cliente dépasse le délai conseillé.
- Ne jamais augmenter ses prix : vos charges évoluent chaque année. Une révision annuelle, annoncée à l’avance, est parfaitement acceptée par une clientèle fidèle.
Construire une carte de prestations lisible
Une fois vos prix calculés, soignez leur présentation. Quelques principes :
- un nombre raisonnable de prestations, regroupées par famille (pose, remplissage, semi-permanent, soins, nail art) ;
- une durée indicative pour chaque prestation, qui aide la cliente à comprendre le prix ;
- des règles claires pour les suppléments, les retards et les remplissages hors délai.
N’oubliez pas que vous devez afficher les prix de vos principales prestations de façon visible pour la clientèle. C’est une obligation, et c’est aussi un gage de transparence.
En résumé
Un bon prix se construit de l’intérieur : coût horaire réaliste, temps réel de prestation, consommables, puis marge selon votre positionnement. Refaites ce calcul au moins une fois par an, et chaque fois que vos charges changent. C’est ce qui vous permettra de durer, et de continuer à vous former.
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